Black Friday 2026 : ce qu'une liste d'envies change vraiment

·Rédaction Wishpicks
Un homme lace des chaussures de marche bien usées dans l'entrée d'un appartement pendant qu'une femme en manteau l'attend en riant

Le 25 novembre 2019, la commission du développement durable de l'Assemblée nationale adopte un amendement de la députée Delphine Batho au projet de loi anti-gaspillage. Il vise les « opérations de promotion coordonnées à l'échelle nationale ». Le texte ne prononce jamais les mots « Black Friday ». Tout le monde avait compris.

L'amendement est allé jusqu'au bout. Il forme aujourd'hui l'article 12 de la loi du 10 février 2020, qui classe parmi les pratiques commerciales trompeuses le fait de donner, par ce genre d'opération, l'impression d'une réduction comparable à celle des soldes. Sept ans plus tard, le Black Friday se porte très bien. Cette année, il tombe le vendredi 27 novembre.

Ce qui m'intéresse là-dedans, ce n'est pas l'échec. C'est que les deux camps se sont battus sur la même variable : la quantité. Acheter moins, acheter mieux, ne rien acheter du tout. Et presque personne n'a posé la question qui décide vraiment du sort d'un objet : est-ce qu'il va servir ?

Autant l'annoncer tout de suite, alors. Une liste d'envies ne fait pas baisser le nombre de paquets sous le sapin. Elle change ce qu'il y a dedans. C'est une prétention modeste, et je vais faire attention à ne pas la gonfler.

Ici, le Black Friday n'est pas qu'une affaire de commerce

Ailleurs, c'est un vendredi bruyant qu'on adore ou qu'on subit. En France, il est passé devant le législateur, et ça déplace toute la conversation.

L'amendement de 2019 n'était pas un accident isolé. Depuis 2017, le Green Friday, lancé par Altermundi et le réseau Envie, occupe la même fin novembre avec le programme exactement inverse : réparer, acheter d'occasion, donner. Chaque année, à quelques jours d'écart, le pays organise sa fête de la consommation et sa contre-fête.

Sauf que les deux se répondent mal. L'une parle de prix, l'autre parle de renoncement. Aucune des deux ne parle de la personne qui va ouvrir le paquet.

Et ce que la loi a fini par attraper, c'est l'affichage. Savoir si une remise en est vraiment une, c'est un autre débat, qu'on a traité dans un article sur le suivi des prix. Sur le gaspillage lui-même, le texte reste muet. Normal : le droit sait encadrer un prix barré, il ne sait pas encadrer un cadeau qui rate.

Douze millions d'objets qui n'ont rien demandé à personne

Les chiffres français sur le sujet sont plus précis qu'on ne le croit. Il s'offre en France plus de 300 millions de cadeaux chaque année à Noël, environ 6,5 par personne. Et dans son étude sur les impacts environnementaux des fêtes de fin d'année, publiée en décembre 2022, l'ADEME estime que près de 12 millions d'entre eux ne seraient jamais utilisés. Un peu moins d'un million partiraient directement à la poubelle.

Douze sur trois cents, ça fait un cadeau sur vingt-cinq. Disons-le franchement : ce n'est pas une catastrophe nationale.

Mais prends un seul de ces objets. Il a été dessiné, fabriqué, transporté, emballé, offert. Il a coûté 100 % de son empreinte pour 0 % de son usage. Un pull porté trois hivers et un pull jamais sorti de son sachet ont eu rigoureusement le même coût de fabrication. Un seul des deux rend un service.

Et ce n'est pas un détail dans le bilan de la période. La même étude place les cadeaux à 57 % des émissions de gaz à effet de serre des fêtes de fin d'année, devant les déplacements et devant les repas.

Le gaspillage ne commence donc pas le jour où on jette. Il commence dans le placard du couloir, avec un objet parfaitement neuf que personne n'a le cœur de sortir ni de mettre à la benne.

Fin novembre, quelqu'un décide à ta place

Cette année, la Black Week s'ouvre le lundi 23 novembre. Le Black Friday tombe le vendredi 27, le Cyber Monday le lundi 30. Noël arrive un vendredi lui aussi, le 25 décembre. Entre le clic et le papier déchiré, il se passe quatre semaines pendant lesquelles plus personne ne peut rien corriger.

Dans un sondage Ifop réalisé pour leDénicheur en octobre 2025 auprès de 1 009 personnes de 18 ans et plus, la moitié des personnes interrogées prévoyaient de faire des achats pendant le Black Friday. Sur l'ensemble de l'échantillon, 14 % déclaraient qu'ils auraient une liste d'articles à acheter à cette occasion, contre 36 % qui répondaient plutôt « probablement, je parcourrai les offres et j'achèterai sur le moment ». Deux fois et demie plus d'improvisation que de préparation.

Une partie de cette improvisation finit sous un sapin. Interrogées sur la manière dont elles achètent leurs cadeaux de Noël au meilleur prix, 27 % des personnes interrogées citaient les promotions du Black Friday. Troisième réponse la plus donnée, derrière la comparaison des prix sur plusieurs sites (47 %) et l'anticipation tout au long de l'année (34 %).

Le chiffre le plus parlant de cette enquête est ailleurs. Parmi les acheteurs de cadeaux de Noël interrogés, 68 % citaient le plaisir d'offrir comme le critère le plus important, loin devant la qualité du produit (42 %) et le prix pour respecter son budget (40 %). Le côté utile ou durable arrivait en quatrième position, à 27 %.

Voilà le mécanisme, et il n'a rien de honteux. Celui qui achète optimise la minute où tu ouvres le paquet, pas les trois ans qui suivent. Il a un budget, une fenêtre de soixante-douze heures et zéro information sur toi. Dans ces conditions, il prend ce qui ressemble le plus à un beau cadeau. Ce n'est pas de la paresse, c'est un autre objectif que le tien.

Ce qu'une liste change, et ce qu'elle ne changera jamais

Commençons par ce qu'elle ne fait pas, ce sera plus rapide. Elle ne réduit pas le nombre de cadeaux : qui en offre six continuera d'en offrir six. Elle ne fait pas baisser la facture non plus, et elle peut même la faire grimper, puisqu'une envie affichée à 420 € au lieu de 600 € donne soudain à trois personnes l'idée de se cotiser.

Elle ne fait pas de toi un consommateur exemplaire, surtout. Dans la même étude de 2022, l'ADEME situe l'ensemble des fêtes de fin d'année autour de 1 % des émissions annuelles d'un Français moyen. Une liste bien tenue ne joue donc pas dans la cour du climat, et quiconque te dit le contraire est en train de te vendre quelque chose.

Ce qu'elle fait est plus petit, et plus sûr. Elle remplace des suppositions par des informations. Une taille, un coloris, une contenance, un titre précis au lieu d'une catégorie : « des écouteurs », ce n'est pas un souhait, c'est un rayon. En novembre, les stocks se vident vite, et s'il n'y a plus de noir en 40, quelqu'un prendra du bleu marine en 41 en se disant que c'est presque pareil et que l'offre finit ce soir.

Elle règle aussi le seul cas que la bonne volonté ne règle jamais : quatre personnes qui achètent dans le même créneau de soixante-douze heures sans se parler. Sur Wishpicks, quand l'une d'elles réserve un article, les autres le voient pris et passent au suivant. Toi, tu ne sais pas qui a réservé quoi.

Reste le calendrier, qui est la partie la plus ennuyeuse et la seule qui compte vraiment. Une liste publiée le 27 novembre arrive après la bataille. Vise plutôt le 15 : un lien envoyé un soir ne se lit pas le même soir, et le lundi 23 reste la limite absolue. Si tu n'as jamais fait l'exercice, comprendre ce qu'est une liste d'envies prend cinq minutes. Et si le blocage, c'est que tu ne sais pas quoi y mettre, on a écrit sept méthodes pour retrouver tes envies.

Dire ce qu'on veut n'est pas un acte de consommation

En France, annoncer ce dont on a envie passe encore pour du matérialisme. On préfère la version discrète, « oh, rien, ne t'embête pas », et on laisse l'autre deviner. On a consacré un article entier à partager sa liste de cadeaux sans gêne, donc je ne vais pas refaire ici le procès de la pudeur française.

Je relève juste l'ironie. Le pays qui a tenté d'encadrer le Black Friday par la loi est aussi celui où il est mal élevé de dire ce dont on a besoin. Résultat : la décision se prend fin novembre, sans nous, à partir de deux souvenirs vagues et d'un compte à rebours.

Cela dit, la loi a eu ce qu'elle visait. Le prix barré, la promesse de remise, la comparaison avec les soldes : de l'affichage. Le pull qui n'est jamais sorti de son sachet, lui, a été acheté au bon prix, dans une enseigne honnête, par quelqu'un qui t'aime bien. Aucun article de code ne l'a sauvé.

C'est là que les deux camps de fin novembre se trompent exactement de la même manière. Acheter plus, acheter moins : dans les deux cas, on compte des paquets. Or douze millions d'objets qui ne servent jamais, ce n'est pas un problème de volume. C'est un tir à côté, répété douze millions de fois.

Et contre un tir à côté, le renoncement ne peut rien non plus. Un objet dont personne ne voulait ne devient pas utile parce qu'on en a offert cinq au lieu de six.

Ce qui manque à celui qui achète pour toi, ce n'est ni un budget ni une conscience écologique. C'est une taille et un modèle précis. Deux informations qui n'existent nulle part ailleurs que chez toi.

La correction est minuscule, je te l'accorde. Presque vexante, pour une question qui a occupé une commission parlementaire. Mais c'est tout l'écart entre un objet qui sert trois hivers et un objet qui dort dans le placard du couloir. Aucun amendement n'ira le combler. Toi, en quelques lignes, oui.

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